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Trois cas pratiques

La théorie devient utile quand elle rencontre une situation. Voici trois profils types — trois personnes qui n’existent pas, construites pour illustrer les arbitrages les plus fréquents. Tu te reconnaîtras probablement dans un morceau de chacune.

Camille, 28 ans, salariée, 400 €/mois disponibles

Section intitulée « Camille, 28 ans, salariée, 400 €/mois disponibles »

La situation. Locataire, célibataire, en CDI depuis deux ans. 3 000 € sur son Livret A, un crédit auto à 6 % avec 4 200 € restants, un plan d’épargne entreprise auquel elle ne verse rien. Aucun investissement. Elle veut « faire quelque chose de son argent » sans savoir par où commencer.

Ce qu’on regarde, dans l’ordre.

PrioritéCe qu’on faitPourquoi
1Vérifier l’abondement de son PEESon employeur abonde à 50 %. Verser jusqu’au plafond, c’est +50 % immédiat — rien ne bat ça
2Solder le crédit auto à 6 %Rendement garanti de 6 %, net d’impôt. Un placement à 7 % brut ne rapporte que ~4,8 % net
3Compléter le matelas à 3 moisEnviron 5 400 € pour 1 800 €/mois de dépenses. Locataire, en CDI, sans charge : 3 mois suffisent
4Ouvrir un PEA, même avec 100 €La date d’ouverture démarre le compteur des 5 ans. Gratuit, et l’antériorité ne s’achète pas
5Automatiser 250 €/mois en ETF mondeLe reste, sur un horizon de 30 ans et plus

Ce que ça change. L’abondement du PEE lui rapporte plusieurs centaines d’euros par an sans effort. Le crédit soldé libère sa mensualité. Et les 250 €/mois investis à 7 %/an pendant 30 ans donnent environ 305 000 € pour 90 000 € versés.

Le point important : rien de ce qu’on fait dans les six premiers mois ne concerne la Bourse. On range d’abord.

La situation. En couple, deux revenus, 45 000 € d’épargne dont l’essentiel sur un Livret A et une assurance-vie ouverte en agence il y a trois ans. Ils veulent acheter dans deux à trois ans, à Paris. Leur banquier leur a proposé de « faire travailler » leur apport sur des unités de compte.

Ce qu’on regarde.

D’abord, la question qu’on ne leur a pas posée : est-ce que l’achat est le bon choix pour eux ? Avec un bien à 28 années de loyer et une durée de détention incertaine — Léa peut être mutée — le calcul mérite d’être fait avant de bloquer 45 000 €. Le simulateur acheter ou louer donne la réponse en trois curseurs.

Ensuite, si l’achat est confirmé : l’apport ne va surtout pas en unités de compte. De l’argent avec une date à deux ans ne doit pas pouvoir baisser — une chute de 20 % l’année de la signature ne se rattrape pas. Il reste sur des livrets, un compte à terme ou un fonds monétaire.

Enfin, leur assurance-vie : trois ans d’ancienneté, 2,4 %/an de frais tous compris. Deux leviers sans rien clôturer — arbitrer vers le support le moins chargé du contrat, et ouvrir un bon contrat pour les versements futurs.

Ce que ça change. Éviter de placer l’apport en unités de compte n’a pas de rendement visible — c’est un risque qu’on ne prend pas, et c’est le conseil le plus utile de la liste. Sur la part de leur assurance-vie qui reste investie à long terme — disons 20 000 € — passer de 2,4 % à 0,8 % de frais représente environ 28 000 € de différence sur 25 ans, pour exactement le même placement.

La situation. Cadre, tranche marginale à 41 %, propriétaire sans crédit. 180 000 € répartis entre trois assurances-vie bancaires et un PEL. Aucune idée du montant de sa future pension. Elle se demande si elle doit « faire un PER ».

Ce qu’on regarde.

D’abord le chiffre que personne n’a calculé : sa pension estimée, gratuitement sur info-retraite.fr, comparée à 75 % de ses dépenses actuelles. L’écart mensuel à combler est le point de départ de tout le reste — et il est souvent différent de ce qu’on imaginait.

Le PER, ensuite : à 41 % de tranche marginale et à huit ans de l’échéance, oui, il est pertinent — c’est exactement le profil pour lequel il est fait. Verser 1 000 € ne lui en coûte que 590. C’est le seul des trois cas où je le recommande.

Puis les trois assurances-vie : leur ancienneté est un atout à conserver (au-delà de 8 ans, 24,7 % au lieu de 31,4 %, plus un abattement annuel), mais leurs frais et leurs supports méritent un arbitrage interne. Et une répartition à revoir : à huit ans de la retraite, on commence à sécuriser, sans pour autant tout mettre en fonds en euros — cet argent doit encore durer trente ans après le départ.

Ce que ça change. L’économie d’impôt du PER est immédiate et chiffrable : à 8 000 € versés par an pendant huit ans, elle représente environ 26 000 € d’impôt en moins. Et connaître son écart de pension transforme une inquiétude vague en objectif chiffré.

Questions fréquentes

Pourquoi la Bourse n’arrive-t-elle qu’en dernier dans ces trois cas ?
Parce que les gains les plus certains sont ailleurs : un abondement d'employeur, un crédit coûteux soldé, un risque évité sur un apport, des frais réduits. Ce sont des rendements garantis ou des pertes évitées, alors que la Bourse n'offre qu'une espérance. On prend l'argent facile d'abord.
Mon cas est plus compliqué que ces trois-là.
Il l'est probablement, et c'est normal — ces profils sont volontairement épurés pour rendre la logique lisible. Ce qui se transpose, ce n'est pas le détail des solutions, c'est l'ordre dans lequel on regarde : les fondations avant l'optimisation, et les gains certains avant les gains espérés.
Ces montants sont-ils réalistes ?
Ce sont des ordres de grandeur, calculés avec des hypothèses affichées sur les pages correspondantes — environ 7 %/an pour les actions sur longue période, ce qui est un historique et non une promesse. Ils servent à comparer deux décisions entre elles, pas à prévoir ton solde dans trente ans.

Contenu pédagogique général, pas un conseil personnalisé. Investir comporte un risque de perte en capital. Les performances passées ne préjugent pas des performances futures.